Lausanne offre un nouvel espace aux skaters, au milieu des touristes

Jeunesse. Fidèle à sa politique d’ouverture, la capitale vaudoise intègre ses skaters à Ouchy. En revanche, le récent bowl de Vidy ne les convainc toujours pas.

Antonino Galofaro

Article paru dans La Liberté du mercredi 5 mai 2010. A télécharger ici.

Deux jeunes adolescents poussent timidement leurs skates vers les emblématiques joueurs d’échecs d’Ouchy et reviennent bredouille près du carrousel. Loin d’avoir déserté leur «spot» fétiche, la majorité des skate-boarders du coin sont rassemblés, un mercredi après midi, une centaine de mètres plus loin, le long de la jetée d’Osches. Sur son côté ouest, la ville de Lausanne leur a ouvert un nouvel espace de glisse réservé. «La configuration est parfaite», s’enthousiasme Jean-Christophe Bourquin, municipal en charge de la sécurité sociale et environnement. «Un côté pour rouler, l’autre pour se promener.»

Question centrale du projet de la ville : le sentiment de sécurité des passants, un problème récurrent depuis plus de quinze ans sur la place de la Navigation, face au terminus du métro. «Nous voulons que les skaters soient bien intégrés dans cet environnement. Pour cela, il ne faut pas que les passants se sentent en danger», explique Oscar Tosato, municipal en charge de la jeunesse. «Il y a sur ce lieu une très grande concentration de personnes. Les skaters, mais aussi des familles et leurs enfants, des personnes âgées, des promeneurs. Il y a énormément de transit et le quartier est touristique», complète Albert Modoux, du service des parcs et promenades. Les skaters s’étaient appropriés les bancs vers le milieu des années nonante, sur une place tout juste rénovée.

Une planche dans le tibia

Plutôt que de guérir, Lausanne préfère prévenir. Elle décide en juin 2009 d’installer des équerres sur les fameux bancs, après avoir averti les skaters. «Ça n’allait vraiment plus», explique Albert Modoux. «Il fallait réagir vite : ils sont toujours plus nombreux et toujours plus à l’aise.» Les craintes des joueurs d’échecs notamment ont accéléré la décision. «Ils ne le faisaient pas exprès, mais ce n’était pas rare de recevoir une planche dans un tibia», se plaint l’un d’eux.

La solution est trouvée rapidement. «Ils nous ont proposé de travailler sur une solution ensemble et tout a très bien marché», raconte Jason, skater et copropriétaire de boutiques d’habillement et de matériel de sport urbain. Entre les deux réunions officielles, fin août et fin septembre, le projet proposé par les skaters eux-mêmes est ficelé. Puis tout s’enchaîne. Le macadam est refait avant l’hiver. L’espace est ouvert le 31 mars. «Les angles des blocs sont couverts de métal, elles s’adaptent vraiment à nos besoins», commente un jeune skater. Son seul regret : «On se marche un peu dessus.» Lausanne dispose aussi d’installations de quartiers.

La capitale vaudoise soigne particulièrement les adeptes de la planche à roulettes. Le lieu le plus en vogue au centre-ville reste le skatepark couvert de Sévelin d’une surface de 500 m2, géré par l’association de sports de rue La Fièvre, depuis 1996.

Qui entre au bowl ?

En 2006, la ville offrait déjà un espace au sport urbain : le bowl. A 2,5 kilomètres à l’ouest du nouvel espace de glisse, à la hauteur du rond-point de la Maladière, l’installation de 800 m2 composée de cuves, de blocs et de rampes présente le même problème qu’à Ouchy, mais à l’envers. Ce ne sont plus les passants qui sont dérangés, mais les skaters. «Malgré les indications, les familles rentrent quand même dans l’enceinte du bowl pour regarder», commente Cédric, de l’association La Fièvre, qui gère le lieu et qui ne peut pas y interdire l’accès. Il n’y a que la ville, propriétaire, qui peut prendre des mesures. «C’est très difficile», commente Patrice Iseli, chef des Sports. «On peut envisager de faire payer l’entrée, mais ce n’est ni prévu, ni l’esprit.»

Outre ce problème, les utilisateurs se plaignent de l’installation même, que l’un d’eux qualifie de «champ de patates». Sébastien, éducateur de 25 ans, regrette le «béton mal posé et les courbes non finies, sans parler des lézardes. Le bowl a trop vite vieilli en trois ans.» Des impressions partagées par des utilisateurs rencontrés sur place. Contrairement à la majorité des bowls en Suisse alémanique, construits par l’entreprise suisse Bowl Construction, celui de Lausanne a été construit par une des plus grandes entreprises du bâtiment en Suisse, «qui n’a pas le savoir-faire pour ce genre de construction», selon l’éducateur.

Patrice Iseli juge ces réactions «excessives». «Il a des défauts de jeunesse», concède-t-il. «Mais il est extrêmement utilisé, et pas toujours correctement. Quant à sa construction, elle a fait l’objet d’une soumission publique.» La Fièvre concède quant à elle que certaines parties devraient être rénovées, alors que le bowl a déjà coûté près d’un million de francs. En attendant, le nouvel espace à Ouchy fait déjà l’unanimité. Auprès des skaters comme auprès de la ville et des passants. «Tout le monde est satisfait», sourit un joueur d’échecs. A moins que les skaters ne décident de sortir des sentiers battus ?

Photo © ARC/Jean-Bernard Sieber

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